Le prix du Dharma : Meditation et Spiritualité | Spiritualité 3G

Le prix du Dharma

dimanche 11 juillet 2010 par Claude Cléret  
Classé comme Rapports et Articles

Comme indiqué, j’ai prévu de partager avec vous quelques éléments échangés lors de la retraite. Pour commencer, voici la version complète d’une petite histoire Zen que j’ai racontée à cette occasion. Je pense qu’elle intéressera le plus grand nombre !

= = =

Un riche marchand s’interrogeait un jour sur sa vie. Il n’était pas malheureux, mais il n’était pas vraiment heureux non plus. Indépendamment de ses réalisations matérielles, il avait toujours l’impression qu’il lui manquait quelque chose d’indéfinissable.

Il alla donc voir le vieux maître d’un monastère Zen, et lui demanda de lui enseigner.

- J’entends ta demande, jeune homme, mais vois-tu, le prix de mon Dharma (enseignement, mais aussi le sens même de la vie) est très élevé. Combien es-tu prêt à payer pour mon Dharma ?

- Je suis très riche, Maître. Dites-moi ce que vous voulez, et je vous le donnerai.

Le Maître éclata de rire.

- Le prix de mon Dharma est bien plus élevé que quelques pièces. Il faudrait que tu sois 1000 fois plus riche que ce que tu l’es déjà pour pouvoir l’acheter !

Le marchand s’en fût, songeur. Au bout de quelques mois, il réalisa que si le Dharma pouvait être acheté, alors tous les gens riches le possèderaient. C’était sans doute la même chose avec la force, le pouvoir, sans doute même avec les conquêtes amoureuses. Mais alors, comment obtenir le Dharma ? Qu’est-ce qui pouvait être plus précieux que toutes les satisfactions et tous les exploits du corps ?

Après quelques mois de réflexion, il revient vers le Sage :

- Me revoilà, Maître. Je vous donne ce que j’ai de plus précieux : mes pensées. Je suivrai tous vos enseignements, j’obéirai à vos moindres demandes, je lirai et comprendrai les livres que vous m’indiquerez. Mais surtout, je passerai mes journées sur le coussin de méditation pour vaincre mon mental…

Mais le Maître éclata de rire.

- Qu’ais-je à faire de tes pensées, pépiements d’oiseau sans cervelle ? Il te faudrait 1000 fois plus de pensées pour payer mon Dharma avec !

Il fallu près d’un an au commerçant pour se remettre de cette humiliation. Cependant, il reconnu qu’il y avait du vrai dans ces propos apparemment si durs. Si le mental permettait d’accéder au Dharma, alors on aurait déjà trouvé depuis longtemps la façon de le démontrer, et tous les érudits le posséderaient. Or, ce n’était pas le cas.

Cela le consola un peu, mais ce n’était pas encore la réponse qu’il attendait. Qu’est-ce qui était encore plus précieux que les pensées ? L’illumination lui vient au milieu d’une expérience méditative particulièrement profonde, et, tout heureux, il revint vers le moine :

- Maître, je vous offre ce que j’ai de plus précieux. Mon coeur, mes émotions, mes désirs. Je vous offre tout ce qui fait le prix de ma vie, de ma joie de voir le soleil se lever, jusqu’aux relations avec mes amis et ma famille, en passant par mes expériences spirituelles les plus belles. Je suis prêt à rechercher celà, à les vivre en pleine conscience, et à vous les offrir pour apprendre votre Dharma.

Mais le Maître ne fit qu’en rire.

- Tes émotions ne sont que des vagues agitées par le vent. Fortes ou faibles, elles retombent quand le vent se tait. Il te faudrait 1000 fois plus de coeur pour que je t’enseigne mon Dharma !

Assis sur son coussin de méditation, le marchand bouillait à l’intérieur. Que pouvait-il offrir de plus ? Et qu’est-ce qui valait la peine qu’on lui abandonne les plaisirs du corps, les constructions de l’esprit, les jouissances du coeur ?

Mais au bout de plusieurs années, le marchand compris que tout cela ne pouvait pas être uniquement à propos de lui. Certain de détenir la clé, il revint donc voir le Maître.

- Maître, je m’incline devant votre sagesse. Le Dharma ne peut pas être uniquement à propos de moi. Si vous m’enseignez votre Dharma, alors je consacrerais ma vie à sauver le monde, à en faire un endroit meilleur.

- Quel intérêt ? pouffa le sage. Que le monde reste où il est, qui t’a dit qu’il avait besoin d’être sauvé ? Tu sauverais 1000 mondes, que cela ne serait pas un prix suffisant pour mon Dharma.

A ces mots, le commerçant senti sa colère exploser en lui. Ce moine ignorant se moquait de lui depuis le début ! Alors furieux, avant de le quitter définitivement, il hurla :

- Je vais te le dire, où tu peux te mettre ton fichu Dharma, vieil homme ! J’étais prêt à donner tout ce que j’avais et tout ce que j’étais, mais j’avais tort. Tu n’as rien à m’apprendre, je n’ai pas besoin de toi, et certainement pas besoin de ton Dharma !

Et il tourna les talons.

Mais alors qu’il passait la porte, le sage lui dit dans un sourire :

- Surtout, ne perds pas mon Dharma.

Et l’homme atteignit l’illumination.

= = =

Nous remplissons souvent nos vies de réalisations, d’objectifs, de gens, de méthodes, de techniques, à la recherche du ‘bonheur’, de la libération. Cependant, nous prenons parfois ces moyens pour des buts. Nous nous attachons à ce qui devrait nous libérer.

Comme un hamster dans une roue, nous tournons sur les cercles du corps, du mental, ou du coeur. Si cela ne marche pas, alors nous tournons plus vite, plus fort, ou plus longtemps, dans l’espoir de trouver ce que nous recherchons au fond de nous. Mais 1000 tours dans sa roue ne font pas plus avancer le hamster.

Aucun de ces cercles n’est mauvais en soi. Chacun d’entre eux mérite d’être exploré et respecté en tant qu’un aspect de la Vie. Cependant, ce que nous recherchons est au-delà de ces cercles, au bout du lâcher-prise absolu, par-delà le Vide. Le Chemin qui nous mène à notre Centre ne tourne pas le long de nos cercles, mais il passe à travers leurs illusions.

Car ce que nous recherchons est, tout simplement, ici et maintenant…

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Commentaires



9 Résponses à “Le prix du Dharma”

  1. pale le 18 January, 2011 21:18

    Le prix du Dharma

    Après avoir cherché “éponge et eau”, j’ai scruté cet article. Voilà les émotions mêlées qu’il m’inspire partant de la recherche.
    “Le prix du dharma du vieux maître est-il celui de devenir un fils de “Dieu” ou un Dieu.
    Car le vieux maître malgré sa sagesse, sa connaissance ne peut se départir de son manteau ; ou de ses manteaux (temporels).
    Et pourtant la marchand se refusant à son enseignement après tant d’années, il le (les) lui cède -espérant la libération ainsi par un autre ?-
    Jusquà quel point peut-on, doit-on se sentir responsable d’une vie, de sa vie, des mondes vivants ?
    Spirituellement jusqu’à quel point doit-on purifier ses pensées, ses actes.
    Car les illuminer pour soi-même, c’est passer pour un ‘fou’ devant un autre miroir, un autre, mon autre.
    Peut-on s’alléger – dans ce monde – du Bien et du Mal ?

    claude Réponse:

    Merci pour ces très intéressantes questions !

    En fait, il faut replacer cette histoire dans le contexte de l’époque, et dans la philosophie Zen. L’objectif véritable du Zen est la Libération. Donc c’est un paradoxe, car on ne pas l’atteindre en suivant un enseignement, et pourtant, il existe des Maîtres…

    Donc le Dharma du Maître, c’est celui d’être son propre Maître, d’être libre. Le seul prix à payer, c’est d’une certaine façon d’abandonner toutes nos addictions, toutes nos limites, tous nos Maîtres, fussent-ils les plus sages, afin de pouvoir véritablement penser par nous-mêmes, et être “ce que nous sommes”.

    Le marchand finit par se rendre compte de l’illusion de ses différentes attaches, mais reste attaché au “Maître”. Sur le coup de la colère, il est capable de laisser aller cette dernière attache. Et quand il passe la porte (on suppose, calmé), il est sans attache aucune. Il a atteint le Libération, le Dharma du Maître.

    Ce Dharma ne peut, par définition, pas être expliqué, car même le Maître ne peut se départir du langage, de sa vision du monde, de ses manteaux. Le Dharma de la Libération expliqué et défini par une méthode n’est pas, par définition toujours, le véritable Dharma. Le véritable Dharma ne peut pas s’enseigner, on peut juste le pointer du doigt.

    C’est le grand paradoxe : au moment même où le marchand se libère de l’enseignement du Dharma qu’il atteint le Dharma véritable. (Dharma ayant plusieurs sens, dont celui d’enseignement, cette phrase peut être un peu confuse, mais je pense que tu vois ce que je veux dire).

    Nous ne sommes responsables de rien, et nous participons à tout. Nous ne devons rien “purifier”, nous n’avons rien à faire. Car quelque part, dieu, l’Univers, ne veut rien d’autre que ce que nous voulons nous-mêmes.

    Cela va au-delà du Bien et du Mal (coucou Nietzche !), car c’est lié à l’expérience que nous voulons vivre.

    Quelle expérience voulons-nous faire en ce monde ? Celle de l’argent, celle du corps, celle de l’amour, celle de l’ascèse spirituelle ?

    Ou voulons-nous faire celle d’être simplement nous-mêmes, libéré de nos ‘il faut’, ‘je devrais’, ‘on doit’, en alignement avec notre Moi Supérieur, instrument magnifique d’un orchestre divin…

    C’est à mon sens la clé : l’Etre et la Création. Qui décidons-nous d’Etre, et comment voulons-nous le créer en ce monde ? Car l’Etre et la Création n’ont aucun besoin de justification. Ils sont, tout simplement…

    Voilà, je ne sais pas si ça t’aide ou si ça rajoute de la confusion :-)

  2. jabirou le 24 October, 2010 21:32

    Ne faut -il pas quand même trouver le but de sa vie ? Pas facile d’être ici et maintenant quand on est obligé de travailler en faisant qq chose qui ne nous plaît pas forcément mais qu’il faut gagner sa vie jusqu’à la retraite…..
    J’ ai beaucoup aimé le guide de la manifestation, c’est sûr que c’est mieux et + complet que “Le Secret” mais certains disent que c’est croire à la pensée magique…ça me donne envie d’essayer, par curiosité.
    Je trouverai peut être pourquoi je suis venue sur Terre et ce que je dois y faire, il serait temps….! Ce n’est pas que je m’ennuie mais je n’ai pas l’impression de me réaliser, plus, de faire partie d’un système et d’être utilisée mais je ne dois pas être la seule dans ce cas. Croire à son pouvoir et le mettre en action….comment faire….je ne suis pas très inspirée et je me décourage devant l’ampleur du travail oui je sais j’ai tort, ça vaut le coup, le peu de chemin que j’ai fait m’a beaucoup apporté.
    J’envoie des encouragements à ceux qui font ce travail et à Claude qui donne envie de commencer et de poursuivre malgré les difficultés. C’est en se connaissant soi- même que nous connaîtrons l’Univers et le Dieux alors…courage !

    claude Réponse:

    C’est une très bonne question.

    Bien entendu, une vie “vide”, n’a aucun sens. Cependant, cette “motivation”, ce “sens”, ne peut pas venir des conditionnements de notre mental, ou des désirs de notre coeur. Ce ne sont que des échos maladroits de l’appel véritable de notre “centre”.

    C’est le sens de Manifestation3G, et de tout mon travail sur la Transformation. Nous sommes ici pour Etre et pour Créer. Ce sont les deux phases d’une même pièce. Trop souvent, nous agissons en décalage avec notre être Profond (maladie de l’occident) ou nous restons passifs face à notre Création (maladie de l’Orient). Déficit de Pouvoir ou de Sagesse.

    Non, tu n’es pas seule. Notre moi supérieur souffre quand nous sommes utilisés par d’autres, quand nous ne pouvons pas avancer vers notre Création véritable.

    C’est un chemin, et un chemin est fait de pas qui se suivent. Nous n’avons pas à nous téléporter en haut de la montagne, simplement à faire le pas le plus simple et le plus évident qui se trouve devant nous. Bien entendu, il existe des “raccourcis” (comme le travail avec le Moi Supérieur que fait Marie la Petite Messagère par exemple), mais souvent, l’action en conscience nous donne de très bons éléments.

    Je sais que tout ça peut sembler un peu théorique, mais c’est au contraire très concret. Cela mérite un programme en tant que tel, j’espère pouvoir en mettre un sur place un jour.

    Bon courage à toi sur ce chemin : il n’est pas facile, mais donne de magnifiques satisfactions… bien plus que perdre sa vie à la gagner, en tous cas pour moi :-)

  3. papiche le 25 August, 2010 11:55

    … dans ma vie, ce n’est le but qui compte mais le chemin…

    claude Réponse:

    Bien entendu, c’est le chemin qui compte, et on va toujours quelque part.

    Cependant, nous ne sommes pas seuls, l’Univers n’est ni contingent, ni absurde. Tous les chemins ne se valent pas.

    Il y a une danse, que rien ni personne ne nous oblige à danser. C’est simplement une belle danse, une danse de vie et de bonheur, dont nous pouvons retrouver les pas…

  4. alinea02 le 22 July, 2010 13:28

    Bonjour et Merci
    Il n’ y a rien à trouver , rien à chercher , tout est en nous , il suffit juste……………
    Bien à toi
    Lina

    tortue_bleue Réponse:

    Hmmmm….
    Tout est là… devant, derrière, en haut, en bas, au centre… qu’importe…
    Tout arrive à point…. à point qui le veut bien… le voit bien….
    Même ceux partis de ce monde terrestre… sont encore là… ailleurs… autrement…
    Tout ce qui m’arrive, arrive… et me guide dans ce monde de tumulte et de dormance… j’y nage comme si j’étais seule…. parmis tant d’autres… que je vois… que je ne vois pas…
    J’explore le verbe être… hmmmm…
    Quelle enseignement !!!
    Merci à Claude…. à ce site trouvé par hasard…. ehhhh… par une recherche…. une demande…. je me sens à la bonne place !
    Lucie qui danse sa vie… x

    claude Réponse:

    oui, tout est là. Ce qui est là est là, et il y a tellement de choses qui sont autour de nous…

    Nous sommes dans ce flux d’énergie, nous sommes ce flux. Le “hasard” est l’un des mouvements de cette danse…

    Je te souhaite un magnifique ballet !

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